L’Économie politique et la justice par Léon Walras

L’Économie politique et la justice

Titre de livre: L’Économie politique et la justice

Éditeur: Guillaumin, 1860

Auteur: Léon Walras


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Léon Walras avec L’Économie politique et la justice

Extrait :
La lecture des économistes, dit M. Proudhon[1], m’eut bientôt convaincu de deux choses, pour moi d’une importance capitale :

La première que, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, une science avait été signalée et fondée en dehors de toute tradition chrétienne et de toute suggestion religieuse, science qui avait pour objet de déterminer, indépendamment des coutumes établies, des hypothèses légales, des préjugés et routines régissant la matière, les lois naturelles de la production, de la distribution et de la consommation des richesses.

J’arrête dès ici M. Proudhon. Sa définition de l’Économie politique semble rédigée sur la table des matières d’un manuel : elle n’a rien de philosophique. Il y a plus : elle est inexacte et dangereuse. Et je tiens d’autant plus à la réfuter, que je puis y faire voir la source des erreurs que j’entreprends de signaler.

L’économie politique est une science. Qu’est-ce qu’une science ?

Il y a dans le monde deux ordres de manifestations réelles de la substance : des corps et des phénomènes, ou, si l’on veut, des êtres et des faits. On fait la science non point des corps, mais des phénomènes dont les corps sont le théâtre. Des faits, des lois, des rapports, voilà l’objet de la science.

En présence d’une série de faits individuels qui se ressemblent et qui diffèrent, l’esprit scientifique élimine toutes les qualités particulières à chacun de ces faits, il recueille les qualités communes à tous ou à plusieurs, et il en forme une espèce. En opérant sur un certain nombre d’espèces comme il a déjà opéré sur un certain nombre d’individus, l’esprit scientifique s’élève au genre. Et ainsi de suite.

Lorsqu’on est arrivé à la notion d’un genre irréductible, on a ce qu’on appelle un fait général. Les phénomènes ou faits généraux sont les abstractions irréductibles desquelles les phénomènes ou faits individuels sont des manifestations réelles. Exemples : la végétation, fait naturel ; la propriété, fait moral ; la civilisation, fait historique.

Toute science est la théorie d’un fait général. Il y a des sciences naturelles, des sciences morales, des sciences historiques.

Le fait général est universel et permanent : il peut se manifester individuellement dans la réalité, dans tous les lieux, en tous temps. Il est un. À tous ces titres, il peut et doit devenir l’objet d’une science. La science sera faite quand on aura posé, puis résolu les cinq questions suivantes :

1° Quelle est la nature de ce fait ?

2° D’où vient ce fait ? En d’autres termes : quelle en est la cause ?

3° En combien d’espèces principales se divise-t-il ?

4° Quelles sont les lois suivant lesquelles il s’accomplit, soit dans sa plus haute généralité, soit dans ses principales espèces ?

5° Quelles sont les conséquences qu’il entraîne ? autrement dit : quels en sont les effets ?

À chacune de ces cinq questions correspondent des procédés méthodiques qui conduisent à leurs solutions. Toutes ces questions résolues, la science est faite, on possède la théorie du fait général, et l’on connaît d’avance tous les êtres de l’univers, en tant qu’ils participent de ce fait et qu’ils sont le théâtre de ses manifestations individuelles et réelles. Que l’on fasse la science de tous les faits généraux, et le monde est connu.

L’observation, l’expérience, l’induction, l’hypothèse…, tels sont les principaux procédés méthodiques qui conduisent à la solution des questions posées[2].

Cela dit, cherchons à reconnaître avec précision s’il est un fait général dont la théorie puisse et doive être l’objet de l’Économie politique ; et quel est ce fait.

Pour peu qu’on se soit pris un jour à réfléchir sur le rôle et l’objet de la science, on se sera fort aisément aperçu qu’il y a bien des points de vue différents où l’on peut se mettre, en présence de la réalité, pour l’étudier ; c’est-à-dire, en d’autres termes plus exacts, que bien des faits généraux se partagent le champ de la réalité pour s’y manifester i